- Échec.

Posté le 23 mars 2010 dans la caégorie Mon Portfolio par antonin.zuccaccia

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A propos :

Ce texte regorge de scènes autobiographiques. Il se veut en être un recueil de mémoires cyniques, critiques et délirantes. Tout son contenu n’est pas fatalement à prendre au sérieux, vous êtes libre d’interpréter comme bon vous semble chaque idée. Il y a du vrai, du faux, de l’amplifié, du modifié, mais tous les faits relatés restent réels quelque-part. [ Le texte est protégé par des droits d'auteur. ]


. Introduction.

« Tu sais, on est tous arrivés en première position pour être actuellement vivants. »



Malheureusement, cette affirmation était belle et bien erronée. Scientifiquement déjà, nous ne sommes pas le premier arrivé sur place, sachez-le. Les spermatozoïdes sont des êtres bien paresseux, et celui qui gagne n’a ainsi aucun mérite. Vous pouvez me remercier et aller descendre avec une joie non dissimulée ceux qui croient ne pas avoir tout raté dans leur vie et qui vous donnent comme excuse : « Oui mais je suis arrivé en premier à l’Ovule. » [ Exemple de réponse : « Eh non tocard, même ça tu l'as raté ! . » - « Tu croyais être arrivé premier quelque part dans ta vie hein ! Ben c'est loupé ! » ]


Rassurez vous en revanche, mon cas est unique, avant même de devenir cette formidable chose qu’est l’embryon, je possédais déjà de grandes facultés intellectuelles. C’est d’ailleurs grâces à ces dernières que je me suis frayé un chemin vers cette sordide éponge géante qu’est l’ovule afin de commencer ma division cellulaire. [ Remercions Georges et Bernard, sans qui rien de cela n'aurait été possible. Je suis sincèrement désolé de vous avoir exploités pour creuser la paroi spongieuse à ma place, mais je ne voulais surtout pas abimer ma tête. Mon noyau était habilement mieux conçu que le vôtre, sélection naturelle de toute évidence. ]


Continuons. Je vais, bien entendu, vous épargner les différentes phases d’évolutions encourues au sein de la cavité maternelle. Non pas parce que c’est une étape secondaire de ma vie [ bien au contraire mon existence entière est surprenante ] mais parce que je juge qu’il y a des sujets majeurs à aborder avant d’en venir à celui-ci. Cependant, avant d’en arriver au jour où je suis né, je tiens tout de même à vous divulguer que de voir toutes ces cellules exiguës s’agiter une à une pour former, à long terme, mon charmant et admirable petit corps, était une expérience réellement enrichissante.


. Ma Naissance.

Depuis le jour de ma naissance, mon activité cérébrale ne cesse de s’accroître. Nourrisson, je songeais déjà à la Condition Humaine et à son devenir. J’avais eu la chance de me créer un semblant de Culture en écoutant à travers le placenta de ma mère toutes les conversations futiles et émissions télé débiles auxquelles elle était soumise.


C’est d’ailleurs à l’aide de ces ersatz de connaissances vidéo-ludiques que je me suis intéressé, lors de mes premiers mois, à la lecture d’ œuvres philosophiques. J’avais, contrairement à la masse, autre chose à faire que de grouiller et ramper sur le sol, à bafouiller de la prose inutile.


A la Maternelle, je ne possédais pas le désir de jouer avec des êtres non-pensants. J’étais seul, mais non pas malheureux. Quelques fois, lorsque nous allions à la Cantine, je me posais des questions hasardeuses qu’aucun autre élève ne pouvait avoir en tête :


« Pourquoi le Sel était-il soluble dans l’eau ? » - « Ma tête l’était-elle ? »


Après ces brillantes réflexions, je me devais de mettre en pratique mes thèses et mes idées. Ce jour là, j’ai failli mourir noyé, la tête coincée dans les toilettes de ma Maternelle. Heureusement pour l’humanité, une femme de ménage est venue me secourir à temps.


Pendant les heures de récréations, je méditais. J’observais cette micro-communauté d’êtres décérébrés courir dans tous les sens, balbutiant quelques mots incompréhensibles de temps à autre. L’apprentissage de la communication n’était sans doute pas la priorité de ces choses primaires, malgré ce vide total de transmissions verbales, elles parvenaient déjà à refléter une image plus que correcte de notre douce société. Ils ne se comprenaient pas mais se détestaient déjà, le vol et le plaisir de détruire surpassaient donc l’envie de fraterniser avec l’autre.


J’ai guetté alors, pendant plusieurs jours le comportement de mes cons-frères, cherchant à comprendre leur attitude. Puis, en tant que créature pensante et bienfaisante, je me suis par conséquent lancé dans une nouvelle expérience. Deux animaux ne cessaient de se disputer, je me suis vaillamment interposé pour tenter de les concilier, et dans un Français savant que je maîtrisais déjà je leur ai dit :


« Arété de crié cest pas genti. » [ Nb : Je n'avais pas encore connaissance exa de l'orthographe. ]


Je suis rentré chez moi avec un œil poché, l’air hagard, un sentiment de non-réussite imprégné au cœur. Je ne comprenais décidément par les motifs de leurs actions, je ne pouvais pas non plus me réduire à agir comme eux. Je me sentais meurtri et incompris par mes pairs et je ne savais plus quel cheminement choisir. Cependant, deux intervalles envisageables s’offraient à moi. Étant donné qu’il ne m’était pas possible de me rebaisser à leur niveau, j’ai opté pour la seconde issue : observer, et rester à distance de ces objets organiques égarés tant qu’ils ne montreraient pas un quelconque signe d’intelligence avancée. Je me doutais toutefois que ma patience allait être mise à rude épreuve, cette fange n’allait pas gagner en sagacité avant un bon moment.


Ma vie, dès lors, est devenue une suite incessante de questions existentielles et d’expériences diverses et variées. Torturé chaque jour par mes théories, j’ai longtemps subsisté, tel un rebut social sédentaire, face aux regards de ces Ovis-Aries lobotomisés. Étrangement, je tirais néanmoins une certains fierté issue de leurs sentences et décisions hâtives : celle de sembler différent et de m’affirmer. L’essentiel vous l’aurez compris, est de se convaincre et de se proclamer original en plus de l’être. En effet, un enfant normalement constitué [ chose que je n'étais pas au cas où vous ne l'auriez pas remarqué ] trouvera à travers des félicitations ou un blâme la reconnaissance dont il a besoin pour se sentir vivre. Même si la réprimande blesse la progéniture, elle finira par comprendre les origines de son sermon. [ Ou terminera Sociopathe dans quelques cas. ] En ce qui me concerne, je n’ai pas eu cette chance, la laxisme parental étant en partie responsable. Ne trouvant donc pas le réconfort souhaité et/ou subit la correction normalement encourue après chacune de mes actions, j’ai décidé d’engager un savant subterfuge : si je ne pouvais pas trouver de légitimation en étant apprécié, j’allais en trouver en étant détesté. Peu importe les fondements et les origines, l’essentiel était que, moi aussi, je puisse me sentir exister.


. Mon Adolescence.

« Ô joie ! » L’adolescence. Période durant laquelle moult changements se sont effectués, période où ceux qui paraissaient déjà bien réduits le sont devenus d’avantage, période où de vils et vulgaires vices virent enfin le jour afin de définitivement s’imprégner dans mon quotidien.


C’est sans nul doute le fragment que je préfère de ma subsistance sur la Terre comme au Ciel, après celui que je suis actuellement en train de construire. Ne vous attendez pas aux déboires d’un adolescent drogué sous l’influence constante d’Alcool et de LSD. Non, non, je n’ai pas « forcément » eu recours à toutes ces fantaisies pour devenir totalement névrosé, mon cortex cérébral savait lui même sécréter ce genre de substances naturellement, les artifices ne m’auraient pas apporté grand chose de plus, si ce n’est une dégradation supplémentaire de mes instruments vitaux.


Bien, entamons. Mon adolescence a, pour moi, commencé lorsque je suis arrivé en quatrième. Auparavant, je séjournais dans une école catholique, et je ne me considérais pas vraiment comme tel. [ Je tiens d'ailleurs à remercier, du plus profond de mon « Âme » cette institution extrémiste, car elle aura réussit à m'apporter une chose. Je suis devenu grâce à elle et ce, contre toute attente, athée, Dieu merci. ] A mes yeux, je n’étais alors qu’un gosse, un peu grassouillet, blond, arborant une coupe au bol, à lunettes rondes et vertes, renfermé sur lui même, rien de plus. La seule chose notable était que, je commençais enfin à m’épanouir dans le domaine de l’écriture. J’inventais des histoires farfelues, basées sur mon propre monde, un monde que j’avais alors inventé de toutes pièces. Je me voyais terminer ma vie en tant que généticien chercheur, scrutant chaque source de l’ADN humain afin d’augmenter notre longévité, et peut-être même de lutter contre la mortalité. Fort heureusement, je suis rapidement retourné sur le chemin de la Littérature.


Ces deux années au sein d’un établissement religieux m’auront cependant paru bien fades si l’on ose les comparer aux années suivantes. Il n’y eu aucun évènement majeur en ce lieu, pas de grandes révélations, si ce n’est mes premiers visuels de femmes lubriques complètement nues sur Internet. Je gratifie mes cousins, sans qui, et je le pense sincèrement, je n’aurai jamais réussi à élucider ces mystères quant au sexe opposé.


Au départ donc, j’ai quitté, à regret, ce lieu « d’Amour voué au Seigneur tout Puissant » pour atterrir dans un lieu public qui se disait Laïc. Mes premiers pas en Terre non-conquise par les dévots enragés s’étaient plutôt bien déroulés. J’avais réussi à m’intégrer malgré moi. Quelques êtres constitués de chair et aux apparences humaines ne semblaient pas être si débiles et arriérés que ça, c’était une bonne chose. Je me suis alors rapproché de quelques personnages, tous differents, afin de nouer un « pseudo-contact social. » Ce fut une grossière erreur de ma part que de donner autant d’importance à des êtres autres que moi, ma « Chute » vous le fera découvrir remarquablement.


Ces années, étaient un moment d’insouciance quasi-absolue de ma part. Rien ne pouvait entraver mes actions, il était impossible de m’atteindre, de me toucher sentimentalement. Je n’avais pas d’objectifs, j’errais, une nonchalance presque perverse et malsaine me guidait. J’exécutais simplement la réalisation de mes passions, sans me préoccuper de celles des autres. Cette sérénité personnelle ne sera jamais recouvrée, la réalité ainsi que ma prise de conscience ne souhaitant pas que cela soit de nouveau possible. C’était une chose plaisante, pourtant, que de s’occuper uniquement de soi, de ne penser à nul autre individu, de ne se soucier de rien, de vivre chaque seconde comme elle vient, sans même daigner penser à la prochaine minute.


Mon entendement du monde étranger, à comprendre le fait que les autres puissent aussi mériter une once de mon attention, s’est foré au fur et à mesure au sein de ma personnalité. Il faut dire que suite aux cuisants Échecs de compréhension de l’autre lors de mon enfance, je m’étais enfermé dans l’idée que l’autre n’était qu’une larve avide et qu’en aucun cas je ne devais sympathiser avec. Chose révolue dans les phrases qui vont suivre.


Un dénommé Christophe, connu le long de mon année de troisième est une des premières preuves vivantes de cette métamorphose « bénéfique ». Une amitié sincère, une relation entretenue avec vigueur qui aura duré deux ans. Nous possédions tous deux de nombreuses idées communes, les même passe-temps, les même passions, des Haines similaires. Il avait réussit ce que personne n’osait encore réaliser : faire de moi un être sociable, souriant, confiant. Je partageais avec lui mes craintes, mes jugements, nulle autre personne ne savait autant de choses sur moi. Dire qu’il ne m’a pas été possible de le remercier, je croyais que ces choses n’arrivaient seulement qu’aux autres, quelle faute.


. La Chute.

Tout est parti du jour au lendemain, d’un coup de feu. Pas d’adieux. Ces choses n’étaient après tout pas faites pour nous, trop fiers, trop jeunes. J’avais appris la nouvelle dans l’après midi. Christophe, ce garçon pourtant plein d’avenir s’était donné la mort un Mercredi matin, quelques jours après mon anniversaire, en Janvier. Je ne m’attendais pas à ce genre de cadeau, j’aurai au moins eu le droit à une lettre, dernière relique de ce camarade, adressée à ma personne.


Son « petit-frère », délaissé, continua dès lors sa route, seul. Comme si le choix lui avait été donné de toute façon. Des nuits noires, il en aura vu. Ses derniers compagnons de cette union brisée n’étaient plus que des résidus de souvenirs vagues à moitié effacés, de moments passés, sûrement amplifiés, mais sagement préservés.

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